dimanche 12 mai 2013

Ne vous déplaise, en dansant la javanaise – Seconde partie : Kawah Ijen (ial)

Du 2 au 4 mai 2013

Cemero Lawang-Probolinggo-Banyuwangi-Glondok, le village où nous serons hébergés
Nous quittons le Bromo après avoir pris congé de nos compagnons d’un jour, Charlotte/Fabien et Charlène/Nicolas. Ces derniers reviennent du Kawah Ijen et nous ont fourni un contact pour passer la nuit dans une famille de porteurs de soufre, l'expérience s'annonce intéressante.

Nous attrapons de justesse le train grâce à l’efficacité de l’agent qui a su nous émettre les billets en deux temps trois mouvements alors que le train était déjà à quai, nous évitant ainsi 4 heures d’attente...

Nous sommes donc accueillis par Paing, porteur de soufre de son état et guide occasionnel : il héberge des touristes par l'intermédiaire de son cousin Ganda (étudiant à Surabaya) qui maîtrise internet et se charge de coordonner les opérations… Autant dire que nous avons déjà l’impression de faire une bonne action en épargnant à Paing une ou deux journée de travail !

Bien sûr les conditions d’hébergement sont tout sauf luxueuses mais nous sommes accueillis avec chaleur par toute la famille, y compris Sipha, la petite dernière de 8 mois. Paing nous ayant appris que les mineurs ne travaillent pas le lendemain (vendredi est leur jour de repos), nous passons une journée simple, tranquille et agréable en compagnie de Paing et de son frère Chunk : promenade dans les rizières, partage d’une noix de coco dans la cabane du père de Paing au milieu des plantations, arrêt à l’école pour assister à un concert improvisé, baignade au pied d’une cascade...

L'école donnant sur les rizières


Amandine faisant des ronds dans l'eau
Cédric marchant sur l'eau...
Avec Paing et Chunk
Avec Sipha!

Pendant la chanson...

En exclusivité mondiale, nous proposons un extrait vidéo du concert privé donné en notre honneur ! Ce moment était particulièrement émouvant car totalement spontané : le directeur est en répétition avec ses élèves, nous entrons attirés par la musique et il a profité de ce public inattendu pour jouer un morceau en entier, les autres enfants curieux se groupent à la porte, à la fin du morceau nous ne sommes plus (totalement) des étrangers...

video

Le soir, le père de Paing nous demande si nous avons des médicaments pour les yeux (il a porté du soufre jusqu’à l’âge de 62 ans et travaille maintenant dans les champs…), nous saisissons l’occasion pour nous délester d’une partie de notre stock de médicaments, en veillant à ce que la posologie soit simple et sans risques. Nous la faisons d’autant plus volontiers que Paing nous a confié dans la conversation avoir perdu deux enfants avant un an, ce qui donne une idée des conditions sanitaires dans la région...

Les flammes bleues du Kawah Ijen n’étant visibles que de nuit, nous nous levons à minuit passé de trente minutes et n’arrivons dans le cratère qu’après un trajet d’une heure en scooter puis de deux heures à pied… Là on se dit que le Kawah Ijen, il faut le mériter ! Et encore plus quand les fumées chargées de soufre nous viennent en plein visage, nous brûlant les yeux et la gorge, malgré les masques ! Heureusement (?) le tout se fait au rythme des chefs d'oeuvre des années 80, Gilbert Montagné en tête, avec un Thomas Dutronc ou un M au milieu, merci à Charlène et Nicolas d'avoir si bien chargé le téléphone de Paing ! 

Accompagné de Paing et bien équipés avec nos masques bioniques!
Enfin par moment on a quand même cru qu'on allait mourir asphyxié!
On ne se plaint pas longtemps pour deux raisons : d’abord le spectacle est extraordinaire (oui l’extraordinaire est notre ordinaire depuis quelques temps), ensuite la vie semble plus difficile pour les porteurs qui passent à côté de nous avec plus de 70 kilos de soufre sur le dos…

Les flammes bleues s’échappant des conduits de soufre forment dans la nuit un enfer de feu glacial, on ne serait pas surpris de voir apparaître un dieu nordique au milieu d’un tel décor. Quand le jour se lève, le lac du Kawah Ijen se révèle, large tache turquoise dont les clapotis acides lèchent la roche grise ou jaunie par le soufre, nous sommes alors plongés dans une ambiance de fin du monde, la terre après un cataclysme pourrait ressembler à ce paysage d’éléments déréglés…

Les fameuses flammes bleues, irréel...

Au milieu de cette macabre et réjouissante féerie  des hommes s’agitent : en se préservant autant que possible des fumées, ils brisent les blocs de soufre que les vapeurs enfantent ; ils chargent ensuite leurs paniers à mesure de leur force et du salaire qu’ils attendent, car ils sont payés au poids du soufre qu’ils amèneront au point de collecte ; ils hissent enfin sur leurs épaules ces paniers reliés par deux tiges de bois liées et entament la montée du cratère, avec l’allure caractéristique que leur donne leur fardeau.

Le travail commence la nuit, à la frontale
Petit calcul: 700 roupies le kilo soit 70 000 roupies pour transporter
100 kilos de soufre sur 4 kilomètres, soit un peu plus de 5 euros...
Vu le salaire mirobolant, une nouvelle recrue pour porter le soufre
(pendant une minute et nous confirmons que c'est vraiment lourd)
Notre guide Paing les connaît tous, c’est l’un des leurs, quelques blagues s’échangent où perce peut-être parfois une pointe de jalousie mais quelques cigarettes ou biscuits offerts rendent les touristes moins opportuns et créent un simulacre d’échange, c’est pour nous au moins une occasion de les regarder dans les yeux avec respect… 

Les porteurs font 3 à 4 allers-retours par jour en moyenne
De toute façon, nous sommes peu nombreux au fond du cratère à cette heure, les groupes arriveront plus tard et, sur les cinq ou six touristes descendus avec nous, nous sommes les seuls à rester longtemps comme en extase, négligeant le lever du soleil pour sentir plus longtemps battre le cœur du Kawah Ijen.

Le lac du cratère




On aperçoit les tuyaux d'où sort le soufre

Nous remontons finalement et rejoignons le monde d’en haut, après un long arrêt qui nous fait revenir à la réalité nous entamons la redescente, au total nous sommes resté six heures dans le volcan…


Porteurs de soufre lors de la remontée du cratère


Maintenant qu'on a récupéré nos poumons, on peut sauter!
Alors que le soleil en train de se lever...
Le lac une fois le soleil levé 
Et tout ça c'était... dangereux!
Paing nous conduit ensuite dans une usine qui assure un premier niveau de transformation du soufre (nous sommes les seuls touristes à visiter cette usine, c'est le secret de Paing !) : les blocs de soufre sont chauffés pour être purifiés et le liquide obtenu est répandu sur le sol où il sèche en quelques minutes, les plaques de soufre sont détachées du sol à la main ou avec des spatules puis pilées et chargées dans des sacs. Comme dans toutes les usines, chacun sait ce qu’il doit faire et se concentre sur sa tâche, les mesures de sécurité sont inexistantes mais les ouvriers ne travaillent qu’un jour sur deux…

Etape 1: On fait fondre le soufre récupéré par les porteurs
Etape 2: On récupère le le soufre à l'état liquide
Etape 3: On répand le liquide sur le sol pour qu'il durcisse
Etape 4: On récupère les plaques de soufre
Après un ultime trajet en scooter où nous luttons contre la fatigue et un dernier repas chez Paing, nous prenons congé de la petite famille mais pas de Paing qui nous accompagne pour faire des repérages sur notre prochaine étape : Sukamade et ses tortues ! 

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